Actes esthétiques : est-ce encore tabou ?

Actes esthétiques : est-ce encore tabou ?

Prendre de l’âge ne présente que des inconvénients ou cela présente-t-il aussi des avantages, et dès lors comment mettre en harmonie ce qui semble être un paradoxe. C’est ce que je vais tenter de faire.

Une majeure partie de mes patientes vient en cabinet d’esthétique pour avoir un coup de frais comme elles le disent souvent, gommer des rides d’expression par trop marquées, se faire injecter quelques dixièmes de millilitres d’acide hyaluronique à différents endroits dans le but de repulper un visage qui a perdu du volume, les lèvres, le menton, le nez etc…
Une partie vient également avouant qu’elles estiment le décalage trop important entre l’aspect qu’elles renvoient et un sentiment de jeunesse et de dynamisme qu’elles conservent intacts.
Comme le dit un célèbre mannequin, avec l’âge, on s’accomplit, on devient ce que l’on doit être.
Les actes d’esthétique médicalisée permettent de vivre leur apparence et leur ressenti à l’unisson, de garder une forme de modernité, gage de bien-être moral et physique. Une femme bien dans sa tête et dans son corps reste en prise avec le monde contemporain dans lequel elle vit.
Je répète à l’envie que la médecine esthétique est un progrès, que l’efficacité et l’innocuité des produits actuellement utilisés, le recul important et la meilleure technicité des praticiens en font des traitements sûrs.

Alors vingt ans après les débuts de la médecine esthétique, les femmes en parlent-elles facilement ?

Ces actes se sont installés dans l’imaginaire, les médias en parlent régulièrement, et les statistiques parlent d’une bonne moitié qui en parle aisément, une petite moitié étant plus discret, surtout vis à vis de leurs conjoints.
Cela reste en grande partie un problème de génération. Les jeunes femmes le disent sans réticence, les plus de 50/55 ans plus difficilement.
Avoir son petit jardin secret, c’est trop superficiel, dépenser de l’argent pour ça, se prévaloir d’une beauté durable et naturelle, rester jeune sans artifice revendiqué, surtout avoir du mal à assumer un âge qui avance, avance ?…
Cela reste du domaine de l’intime, comme tout ce qui concerne la séduction, loin de la frivolité… mais en parler avec une amie, profiter de son avis, de ses conseils ne peut qu’être une bonne idée.
Comme une teinture de cheveux, ou de l’exercice physique régulier, on doit pouvoir parler de « ça » ! Ce n’est ni une faute ni une exception, dix pour cent des femmes y ont eu recours, ni un acte honteux. Les femmes devraient le dire haut et fort, c’est parce que je veux rester belle et jeune que je le fais, et surtout je le fais pour moi, ni pour mon homme ni pour le regard des autres, non, seulement pour moi. Assumer sa féminité à l’heure du féminisme, bonne idée.
En Angleterre et en Suisse, comme à New York, en Floride ou en Californie, c’est perçu comme un signe de bonne santé, au Moyen-Orient comme un signe extérieur enviable, en Extrême-Orient, c’est devenu une totale banalité. Au sortir de leurs soins, les femmes postent leurs photos sur les réseaux sociaux, attendant des « like » qui prouvent qu’elles ont bien fait.

Et chez nous, comment y parvenir ?

Dédramatiser les actes, démocratiser leur approche, dissiper la crainte des résultats, tout cela grâce à une pédagogie indispensable même si elle prend du temps, inciter celles qui n’ont jamais effectué d’acte à franchir le pas s’il existe un besoin évidemment. Mais aussi et peut-être surtout associer cabinets cosy et rigueur médicale, établir une interactivité digitale entre les patientes et le cabinet du médecin, offrir un certain cocooning comme des conseils beauté ou un maquillage post soin, proposer des traitements moins onéreux pour les patientes qui viennent sans rendez-vous, rien de commercial au sens habituel du terme, interdit dans les cabinets médicaux en France, mais une toute nouvelle approche, moins clinique, plus moderne, en adéquation avec la vie trépidante de nos grandes villes.

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